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La nuit au Sénat. #BASILIANNE

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๑ Parchemin envoyé Lun 17 Déc - 23:35 ๑





La nuit au Sénat.  

#basiliane

Ça allait mieux, et ce n’était pas rien d’aller mieux.  Il avait déjà eu mal à l’épaule, il avait déjà eu une luxation, mais à chaque fois c’était dans une environnement où un médicomage pouvait intervenir et le soigner rapidement. Là, c’était un peu une situation extrême, il n’avait pas l’intention de souffrir comme un martyr jusqu’à demain matin, c’était pour cela qu’il avait sollicité l’aide de Marianne, même si ça avait pu paraître impressionnant à la jeune fille.  Elle n’avait jamais dû remettre en place une épaule, ça ne semblait pas être dans les habitudes d’une jeune fille comme elle dans les années dix-neuf cent vingt, car ce n’était pas même dès les habitudes des jeunes filles à la fin de ce siècle, ni même au début du suivant. Les habitudes, les convenances changeraient avec le temps, mais il ne serait jamais vraiment vu d’un bon œil deux jeunes adultes trainant ensemble dans un lieu obscur la nuit. Il n’y avait rien de tendancieux dans leur rencontre ce soir, en soit c’était plus un concours de circonstance qu’autre chose. Ils ne s’étaient pas donné rendez-vous, il n’y avait rien d’obscène dans leurs échanges. Basile n’était pas la délicatesse, ni même la décence incarné, mais avec Marianne il n’avait pas lieu de prétendre être quelqu’un d’autre, il n’avait qu’à être lui-même. Il n’avait pas à être quelqu’un d’autre, il n’avait pas à prétendre être un donjuan qu’il n’était pas vraiment. Il avait juste à être lui-même, avec ses qualités et même avec ses défauts. Fort, et faible à la fois. Humain, tout simplement.

Le Basile fier, fort, et macho que son père aurait voulu qu’il soit n’aurait jamais demandé de l’aide à Marianne. Son père préférait qu’il soit immoral, sans cœur, fort, et ne laissant apparaitre aucune faille. Mais, s’il avait déjà essayé d’être cet homme face à Marianne, il n’avait récolté que des cris, des larmes, et le chaos. Basile n’était pas amateur de chaos, il préférait la sensibilité à la violence, la douceur à l’amertume.  En se montrant plus humain, moins sûr de lui, plus fragile, il réalisait que Marianne était moins fermée à interagir avec lui. Il ne réalisait pas qu’il cherchait à susciter l’intérêt chez la jeune sorcière, il réaliserait un jour, peut être au petit matin. Que son avis, que son attention, qu’elle comptait. Il ne lui tint pas rigueur quand elle sembla se moquer de lui, parce qu’il gesticulait un peu dans tous les sens, avant de ravaler la fierté qui était la sienne pour lui demander de l’aide. Qu’elle accepta. Elle se lève doucement, tandis que Basile abandonne l’idée de le faire seul ; ce n’était pas aussi douloureux que son père voulait bien lui faire croire de demander de l’aide. Quand elle s’approche de lui, il remarque ce petit sourire gêné sur son visage. Le fait d’être proche appartenait à leur passé commun, qui était plus difficile à oublier qu’il ne voulait bien le croire.  Parce que tout semblait si familier. 'Si je te fais mal, tu me le dis hein.' Et quand bien lui ferait-elle mal, ne l’aurait pas mérité ? Pour tout le mal qu’il avait pu lui faire, pour toutes ces horreurs qu’il avait dit l’autre soir, pour ces faits irréalistes dont il s’était vanté à son sujet en étant jeune. Si elle lui lacérait l’épaule, il l’aurait mérité.  Il la laisse alors s’en occuper, attendant d’éventuelle instruction, c’était elle qui menait la danse. 'Tu peux lever ton bras à la hauteur qui te fait le moins mal ?' Il s’exécute, doucement, essayant de ne pas se faire trop mal. Il lève le bras jusqu’à atteindre la position la moins douloureuse qu’il peut. Il lève les yeux, essayant de ne pas croiser le regard de la sorcière, la promiscuité étant déjà assez gênante, même pour lui. Il n’était habituellement pas gêné qu’une femme soit proche de lui, bien qu’il ne s’en vante pas, ça lui était familier.  Il se fige un peu quand elle met ses mains derrière sa nuque pour nouer parfaitement le foulard. 'Voilà. Une bonne chose de faites.' Dit-elle, s’écartant un peu. Il respirait de nouveau. C’était tellement étrange, après tout ce temps.

Il crut que cette fois, il en fut terminé de la gênante et étrange proximité. Basile n’arrivait à se sortir cette gêne de la tête, une gêne qu’il ne parvenait pas à comprendre. Il regarde Marianne arranger les boutons de sa chemise qu’il avait remis à vitesse grand v et d’une seule main. C’était étrange de se faire rhabiller par Marianne, bien que non déplaisant. 'Hm.' Commence-elle alors. Basile a appris à la laisser parler, 'Je t'ai pas remercié pour tout à l'heure.' Pour ? Se questionne-t-il. Basile n’avait pas vraiment l’impression de lui avoir rendu service, mais juste d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Ils avaient été tous les deux pris au piège dans le Sénat, il était normal qu’il lui vienne en aide. 'Alors, merci ?' Elle n’avait pas besoin de le remercier. C’était ce que n’importe quelle personne normal aurait dû faire. Utiliser ses capacités aux fins de l’équipe. Car, oui, ce soit ils avaient été une équipe. Ce soir, ils en étaient une. Basile n’aurait pas pu s’en sortir si Marianne n’avait pas été là  pour son épaule, et elle n’aurait sans doute pas pu se cacher des statues s’il n’avait pas été là. Mutuellement redevable, une équipe.  ‘Ne me remercie pas.’ Dit-il avec un sourire. Elle n’avait pas besoin de le faire. Vraiment. Si son père était le genre d’homme a adoré recevoir les remercîments. Basile avait parfois l’impression d’être étranger au monde auquel il appartenait. Bon nombre de ses connaissances de targuaient d’avoir le monde à leurs pieds, de recevoir des éloges, des remerciements.  Il allait préciser qu’il avait agi de la plus naturelle des façons, que c’était la chose à faire ; peut-être aurait-il encore aggravé son cas. Mais, quoi qu’il en soit, il n’eut pas le temps de finir. Marianne bascule un peu en arrière, tandis qu’elle est encore en train de boutonner sa chemise. Handicapé d’un bras, Basile amorce un mouvement, tandis qu’elle se retient à sa chemise, l’entrainant un peu vers l’avant avec elle. 'Oops, pardon.' Le cœur de Basile loupe presque un battement. C’était… surréaliste. 'J'ai bientôt terminé... et voilà.' Elle finissait pendue à sa chemise ? Vu de l’extérieur, ça aurait pu porter à confusion. Une jeune fille s’attaquant à la chemise d’un garçon passerait pour une fille à la petite vertu. Basile en connaissait, mais avec les années, il savait très bien que Marianne n’en était pas. Du moins à l’époque, mais personne ne change à ce point n’est-ce pas ? Elle le relâche alors pour prendre appui sur la table juste derrière elle. Elle dégage son délicat visage d’une mèche imprudente, coupant l’herbe sous le pied sur sorcier qui pour une raison étrange avait voulu lui dégager le visage lui aussi. 'Je n'sais pas pour toi, mais c'est la dernière fois que je fais des heures supplémentaires.' Oh ça.

Le sorcier fait un léger pas en arrière pour se redresser légèrement, pour reconnecter avec le plancher des vaches, reprendre l’équilibre après cet instant bref, penché sur elle.  Il n’attendrait peut être pas le petit matin pour réaliser qu’il tenait à elle. Après toutes ces années, après toutes ces horreurs, après tout ce temps, après tous ces drames, il réalisait qu’elle était encore importante pour lui. Il réalisait que s’il avait si mal réagit devant son père l’autre soir, c’était parce qu’elle avait assisté à la scène, et qu’il n’avait pas eu envie de paraitre faible. Il arrive soudainement à prendre le recul nécessaire. Il avait compris, avec du temps, du retard ; comme toujours. Un crétin Basile. C’était les mots de sa sœur il avait fait croire à ses amis qu’il était passé au stade suivant avec la jeune Duchannes, et qu’il avait tout foutu en l’air. Un putain de crétin Basile. Oui. ‘A vrai dire…’ Commence-t-il doucement. Puis, il tend la main vers la sienne qui ne la tient pas en équilibre instable sur la table. Sa main valide, pour la sienne de libre. Une main tendue de la part de Montrose, ce n’était pas monnaie courante. Mais, il attend qu’elle la saisisse pour l’aider à reprendre position sur ses pieds, au du moins c’est ce qu’il essaye de faire. Il la tire doucement, l’amenant à lui sans vraiment s’en rendre compte, ‘C’est de loin les meilleurs heures supplémentaire de ma vie, si on enlève la luxation de l’épaule.’  Oui,  sans l’épaule en vrac, ça aurait été parfait. Quoi que. Ils n’en seraient pas là, l’un face à l’autre. Ils  se seraient probablement murés dans un silence morbide, comme ils le faisaient à chaque fois. Avec des ‘si’, on referait le monde. Et si Basile n’avait pas prétendu avoir été plus loin avec elle quand ils étaient à l’école, seraient-ils encore ensemble ? Parfois, cette question lui effleurait l’esprit.  Ayant toujours la main de la jeune femme dans la sienne, il ajoute, la regardant dans les yeux, un peu plus grand qu’elle, pas beaucoup plus. Basile n’était pas de la race des géants, mais des hommes de taille moyenne. Il avait presque oublié que ses yeux avaient cette couleur verte. Intrigante.  ‘Ça sonne comme une bonne excuse de passer du temps avec toi.’ Basile avait toujours eu ce petit côté aventureux, comme ce soir quand il était parti seul face aux statues.  C’était une affirmation, une confidence, mais une réalité qu’il énonce à voix haute. Peut-être était-ce la douleur qui le faisait divaguer un peu, peut-être était-ce une lueur d’honnêteté dans son regard. Peut-être était-ce un peu de tout cela. Ou bien réalisait-il après tout ce temps qu’il n’était qu’un crétin, et qu’il fallait savoir dire les choses plutôt que de les garder pour soi.  Il devait peut être simplement grandir, et se dire qu’il n’avait peut-être pas besoin d’excuses pour passer du temps avec elle.  Il s’approche un peu d’elle, relâchant sa main si elle ne souhaite rien de tout cela. Lui laissant l’opportunité de laisser le sorcier s’approcher pour qu’il l’embrasse ou pas. C’était entre ses mains, ça avait toujours été entre ses mains.


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Basile Montrose
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๑ Parchemin envoyé Mar 18 Déc - 18:17 ๑


une nuit au sénat
๑ basile montrose et marianne duchannes ๑
Elle plaisante à moitié. Marianne n'était pas prête à revivre autant de choses en si peu de temps. Être enfermée une nuit au sénat était déjà quelque chose d'éprouvant en soi, personne de sain d'esprit n'aimerait subir ne serait-ce qu'une nuit blanche pour avoir perdu la notion du temps. Mais il avait fallu que les couloirs du bâtiments se transforment en tournois sorcier le temps de quelques heures, et tout de suite l'épreuve d'y passer la nuit se corsait. Si elle n'avait jamais mis son nom dans la coupe de feu, c'était pour une bonne raison et ce soir l'avait prouvé : elle n'avait pas l'étoffe d'un vainqueur. Elle n'était pas Basile. Basile dont la présence cette nuit avait pris des couleurs auxquelles elle ne s'attendait pas. Il y avait encore quelques heures elle avait maudit Merlin de l'avoir enfermée ici avec celui qui était le centre de bien de ses soucis. Beauxbâtons avait laissé des marques dont elle ne parvenait pas encore tout à fait à se défaire. À la fois trop proche pour que Marianne réussisse à oublier et trop loin pour qu'elle puisse y changer quoi que ce soit. La voyante était piégée dans un entre deux qui l'empêchait d'aller de l'avant sans se soucier du passé. Coincée, comme ce soir, avec le sorcier à qui elle avait jeté un dossier au visage il y avait quelques semaines. Elle avait omis le détail en racontant la dispute à Pimprenelle, mais avait récolté quelques rires d'Olympe lorsqu'elle le lui avait expliqué. Marianne sortait rarement de ses gonds mais perdait parfois le contrôle lorsque la surprise prenait le dessus sur la raison. Et qu'il lui dise de dégager alors qu'elle était sur le point de lui tendre la main l'avait prise de court. Elle le regrettait aujourd'hui. Parce que Basile ne l'avait pas mérité. Elle avait été ce soir là aussi stupide que lui et si jamais des excuses devaient être prononcées sans doute serait-elle capable de mettre sa fierté de côté pour avouer sa faute. Mais le Montrose avait une fierté qui dépassait la sienne et Marianne se doutait bien que ça n'arriverait pas. Qu'elle devrait simplement assimiler l'erreur, s'en vouloir silencieusement et se racheter discrètement. Elle l'avait surement déjà fait en lui remettant l'épaule en place ce qu'elle ne réalisait toujours pas. C'était complètement fou. Mais rien cette nuit n'avait de sens. Tout était sujet à confusion, tout flirtait avec le domaine de l'invraisemblable. Rien n'était prévisible. Ni les statues, ni leurs rondes, ni les tableaux, ni elle, ni lui.  

Basile s'écarte et Marianne respire un peu mieux. Avait-elle maintenu son souffle quelques secondes ? Il faut croire. Mais contre la table et contre lui, la sorcière s'était laissée surprendre par une proximité qu'elle avait imposé malgré elle. Elle rejetait la faute sur l'étourdissement qui l'avait prise, non sans se demander s'il s'agissait là d'un premier d'une longue liste. Il leur restait encore longtemps à tenir et la sorcière ne se voyait pas terminer la nuit et accueillir le petit matin dans un malaise. Ce n'était pourtant pas ce qui la troublait le plus, non. Ce qui perturbait Marianne, c'était le frisson qui l'avait parcourue, c'était la familiarité des gestes mais la gêne qui en avait découlé. Basile et elle avaient été proches, moins qu'il ne l'avait scandé mais suffisamment pour qu'à leur rupture Marianne en souffre. Assez pour qu'il lui manque sans qu'elle ne se l'avoue et qu'elle ne parvienne pas à renouer le même lien avec un autre. Elle ne s'en rend pas compte, comble le vide par le travail, par ses amis alors que chacun de ses flirts se termine par un échec : toujours de la faute des autres, jamais de la sienne bien sûr. C'était trop compliqué d'affronter la vérité en face, mais il le faudrait bien un jour. Peut-être même ce soir mais rien n'est moins sûr. Marianne, elle est surtout perdue. Ce qu'elle croyait avoir compris de Basile après deux ans de silence et une dispute mémorablement immature, s'effondre à mesure que le temps avance et ne l'attend pas pour la pousser vers une réalisation qu'elle a toujours cherché à fuir. Les premiers pas sont fait pourtant : elle sait qu'il compte. A vrai dire… son regard s'étant perdu sur le sol remonte vers le visage du sorcier. Il la regarde avec une douceur qui lui est autant habituelle que troublante et Marianne ne peut s'empêcher de lui sourire un peu, poussée par la chaleur communicative de ses billes brunes. Quand il lui tend la main, la sorcière l'attrape instinctivement : c'était la chose la plus naturelle qui lui venait. Elle n'a pas à réfléchir, ne doute même pas parce qu'il y a de ces choses qui restent malgré tout. Beaucoup avait changé en quelques heures, quand leurs mains s'étaient frôlées dans les couloirs Marianne s'était éloignée, et attraper sa main maintenant ça n'avait rien du moment qui avait poussé le sorcier à se saisir de la sienne dans la réserve. C'était plus doux. Presque affectueux dans la manière avec laquelle il tient à l'aider à se redresser alors qu'elle était loin du point de tomber. Et même debout, il ne la lâche pas, la tire à lui sans que Marianne ne résiste ne serait-ce qu'un peu : le moment est en suspend et les archives semblent loin alors. C’est de loin les meilleurs heures supplémentaire de ma vie, si on enlève la luxation de l’épaule. Elle lâche un petit rire dans un souffle et ne saisit pas encore les intentions de Basile. Ce qu'elle comprend c'est qu'entre un tas de dossiers à trier et une soirée de l'ordre de l'aventure évidemment qu'il préférait cette dernière. C'était mal le connaître que de s'imaginer l'inverse, il avait toujours été un homme d'action et de tête Marianne se souvenait qu'il ne s'épanouissait que sur des terrains sportifs. Alors ça ne l'étonne pas vraiment. C'est le revers de la médaille. rebondit-elle sur ce qu'il vient de dire sans se défaire de sa main. Et c'est étrange de la garder dans la sienne alors qu'il n'y a plus grand chose qui les sépare maintenant. Alors qu'elle n'a plus besoin de lui pour tenir debout. Une main dans une autre, ça n'était jamais rien. Ça voulait toujours dire beaucoup de choses, du genre de celles que les mots ne réussissaient pas à décrire. C'était une confidence qui n'avait pas besoin d'être prononcée pour être comprise. Une main tenue, c'était s'accrocher à quelqu'un et lui donner un peu de soi aussi. Alors bientôt, son attention se partage entre la chaleur de sa main et celle de son regard qui ne la lâche pas non plus. Ça sonne comme une bonne excuse de passer du temps avec toi. Bien évidemment, elle sourit. Ses pommettes rougissent aussi et elle espère que la lumière tamisée sera de son côté ce soir, cachera un peu ce qui trahi ses sentiments flous mais à fleur de peau. Peau qu'elle sent encore contre celle du sorcier, qui l'ancre dans un moment troublant. Marianne ne s'attendait définitivement pas à entendre ça dans la voix de Basile, c'était triste à dire mais jusqu'à aujourd'hui elle se souvenait surtout des horreurs qu'il avait dit. Que ce soit à Beauxbâtons ou au Sénat. Les bons moments s'étaient fait petits face aux mauvais, nourris pas la rancune qu'elle ressentait pour le sorcier. Elle les avait presque oublié, trop concentré sur ce qui n'allait pas ou plus. Mais voilà que ce soir la balance s'inversait.

Elle ne sait pas quoi dire, ou si elle doit dire quelque chose tout simplement. Elle reste silencieuse, muette, submergée par ce qu'il se passe et qu'elle ne maîtrise pas. Pourquoi lui dire ça maintenant. Pourquoi tout ce temps sans lui avoir accordé plus qu'un regard. Pourquoi ici, pourquoi maintenant. Pourquoi ce revirement de situation, de comportement. Malgré elle, Marianne cherche le piège. Il devait y en avoir un. Sa confiance avait trop de fois été bafouée pour qu'elle y croit tout à fait mais quand il lâche sa main elle se surprend à déjà regretter le contact. Elle s'était sentie bien, comme à sa place et tout était déjà terminé. Dommage. Pourtant elle a tord et Basile s'approche d'elle, réduit le semblant d'espace qu'il restait entre eux, se penche. Est-ce qu'elle en avait envie aussi ? Marianne s'inquiète trop, réfléchit trop mais ne s'écarte pas. Elle reste. Et se surprend à s'approcher aussi, laissant parler l'envie plutôt que la raison pour une fois. Sa main vient chercher son bras, et leurs lèvres s'effleurent, se touchent, mais ne s'embrassent pas : Marianne a finalement écouté la raison. Un peu tard, certes. Mais tout de même, elle a fini par s'écarter la tête baissée pour ne pas croiser le regard de Basile. Les lèvres pincées pour enlever la sensation de celles du sorciers sur elles sans y arriver. Elle avait failli céder toute entière, mais n'y était pas arrivée totalement l'esprit trop plein de questions, le coeur bien trop méfiant. Et ça ne se réparait pas comme ça un palpitant malmené. Ça prenait plus de temps, ça s'apprivoisait à nouveau même si on l'avait un jour possédé. Ce jour était révolu et la page tournée : il faudrait écrire à nouveau avant d'y parvenir. Le silence s'installe tandis qu'elle retire sa main de son bras valide. Quoi dire maintenant ? Est-ce qu'elle venait de tout gâcher ? Et qu'avait-elle gâché justement ? La voilà plus encore désemparée. Basile... qu'elle commence, désolée. Gênée surtout. Je - je peux pas. elle essaie de s'expliquer, elle n'a pas envie de perdre tout ce qu'ils avaient réussi à accomplir ce soir pour une histoire de baiser. C'était bien trop précieux, ça comptait beaucoup trop comme lui aurait sans doute dit Pimprenelle. Marianne vient nerveusement recoiffer une mèche pourtant parfaitement à sa place. C'est compliqué.  finit-elle par soupirer en balayant la salle du regard plutôt qu'affronter celui du sorcier. C'était le bon mot : compliqué. Rien n'était simple aujourd'hui. Encore moins ce soir et pour la nuit à venir à présent. Marianne se pince les lèvres, indécise, le coeur encore palpitant de ce presque-baiser qu'ils avaient échangé malgré son éloignement. Tu... tu devrais te reposer, peut-être. Même elle n'y croit qu'à moitié en le prononçant. Elle ne trouve que ça à dire cependant avant de lui tourner le dos pour feindre d'être occupée à attraper son sac sur la table. Il était peut-être temps de s'occuper les mains à défaut d'affronter son esprit et la tempête qui y avait élu domicile depuis une poignée de seconde mais qui faisait déjà bien des ravages. Le coeur et la raison ne sont pas d'accord, et au milieu Marianne se noie un peu dans les possibilités qui vont et viennent.

30 novembre 1927
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๑  A VAINCRE SANS PERIL ON TRIOMPHE SANS GLOIRE ๑



Marianne Duchannes
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๑ Parchemin envoyé Jeu 20 Déc - 0:23 ๑





La nuit au Sénat.  

#basiliane

On dit que la chance est du côté de ceux qui savent saisir les opportunités. Basile venait peut être d’une famille possédant un nom, mais on ne pouvait décemment dire qu’il avait de la chance. Un regard extérieur sur sa vie jugerait qu’il était sans doute un de ces privilégiés. Mais à part un nom, une place au sénat, et le sang pur, il ne restait plus grand-chose à la famille Montrose. Il ne leur restait que l’héritage d’un cœur qui peut flancher facilement, des dettes à ne plus savoir qu’en faire, des morts à tour de bras, et un domaine qui bientôt perdrait de son éclat tant ils ne pourraient plus cacher l’étendu des dégâts. Basile avait simplement perdu trois membres de sa fratrie depuis qu’il était  sur cette terre, trois de trop sans l’ombre d’un doute. Alors, qui parlerait de chance ? Certainement pas lui. Il ne parle pas de chance, il ne la provoque pas, il ne la cherche même pas. C’était comme s’il avait baissé les bras depuis tout ce temps.  Il aimerait à croire que la chance tourne, que malgré ce qu’il avait pu faire ou dire, la vie allait être plus favorable au jeune homme qu’il était. Il y croyait un peu, que la roue allait tourner.  Il se disait que si cette soirée était d’abord catastrophique, elle ne pouvait que s’amélioré, que le temps passé avec elle était bienfaisant, que sa présence était agréable, qu’elle semblait ne pas trop lui en vouloir pour ce qui avait pu se passer. Il s’était dit qu’ils avaient fait un bond en avant.

Un bond, il en avait presque oublié qu’il avait mal à cette foutue épaule, oublié qu’elle lui avait remise en place. La douleur s’était amenuisé un peu, depuis qu’elle était immobilisé contre lui.' C'est le revers de la médaille. ' Oui, l’épaule c’était le revers de la médaille de cette soirée. Une mauvaise passe se disait-il, peut être le passage obligatoire pour une meilleure issue ? Ne dit-on pas qu’il fait toujours plus sombre jute avant l’aube ? Que la tempête ne peut durer éternellement, et que le calme va finir par arriver à son tour. Le jeune aristocrate qu’il était y cru. Il crut à une meilleure fin à cette soirée qu’un silence de glace entre eux.  Etre face à elle, seule, ça donnait matière à réfléchir. Ça mettait en exergue ce qu’il avait perdu en faisant le choix de n’être qu’un jeune con arrogant.  Un jeune con arrogant qui avait tout perdu en l’espace d’une année. Marianne ça avait été le début d’une longue descente aux enfers dont il n’avait pas réussi à remonter depuis. Il l’avait perdu elle, il avait perdu le tournoi et il avait perdu la meilleure partie de lui-même. Alors, une part de lui se disait que tout allait bien se passer. Tout allait pour le mieux entre eux ce soir, mieux qu’il n’avait pu l’espéré. Inespéré comme retournement de situation. Il aurait presque juré la voir rougir dans la pénombre. Proche l’un de l’autre, ça aurait pu sonner comme une évidence. Il se laisse penser que c’était peut être le cas : une évidence. Et il y croit. Il lui laisse le choix, quand il se penche vers elle. Elle peut encore choisir, mais il y a cette part de lui qui sait – qui croit savoir – que jusqu’ici elle et lui allaient dans le même sens.  Tout allait dans le même sens. Sa main vient chercher son bras, elle n’amorce pas un seul mouvement de recul, venant même à sa rencontre. Mais, comme toujours, rien ne va.

A vrai dire, elle n’aurait même pas eu besoin de parler qu’il comprit qu’il avait fait une erreur. Comme toujours, se disait-il mentalement. Basile commettait toujours une erreur, un faux pas. Toujours. Pauvre crétin, ce Basile. Tu n’es qu’un crétin, Basile, le roi des crétins. Elle s’écarte baissant sa tête pour ne pas croiser son regard. Fuyante, comme toujours songe Basile. S’il est un crétin, elle semble plus douée pour se débiner quand il le faut. Elle retire la main de son bras encore capable de bouger, laissant une pression fantôme sur son bras, transformant la chaleur d’un contact en un vide glacial. ' Basile...' Tais-toi, a envie de lui rétorquer froidement Basile. Il n’avait pas besoin d’entendre une énième explication comme quoi il était un crétin, un connard, ou bien un salopard. Il avait déjà entendu assez de chose, le comportement de la jeune sorcière était déjà assez parlant sans qu’elle n’ait besoin d’en rajouter encore et encore. ' Je - je peux pas.'  Il a baissé la tête, et reculé aussi. Il n’avait envie d’entendre ses excuses à vrai dire, ou ses explications. Il n’avait même pas envie d’être là après tout, il n’était là que par contrainte. Il refuse d’écouter ce qu’elle à lui dire. Mais, avait-il le choix ? Il pouvait entendre, mais ne pas écouter. ' C'est compliqué. ' C’était la plus bateau  des explications quand on en a pas vraiment. Basile ne veut même pas savoir, il ne sait plus pourquoi après toutes ces années il perd encore son temps avec elle. Une cause perdue, quelque chose qui s’était brisé quelques années plus tôt, et qui jamais ne pourrait être réparé. Ça lui parut soudainement limpide. ' Tu... tu devrais te reposer, peut-être. ' Il ne la regarde pas, il l’entend simplement chercher dans son sac, comme si elle était occupée pour ne pas lui parler. Ouais, il fallait se reposer, il allait se reposer. Un titre la chaise de son bras valide, la soulevant pour ne pas faire trop de bruit pour la pousser un peu plus loin.

Lever la chaise d’un bras lui fit prendre une mauvaise posture, mais qu’importe. Demain, il n’irait pas travailler, il avait besoin de soigner tout cela, quoi qu’en dise son père. Besoin de soigner le bras, mais aussi le cœur aussi. Le cœur n’était pas malade comme celui de sa famille, il en avait juste pris un coup. Un coup de plus qui le conduisait à penser que le cœur était le plus inutile des organes. Avoir du cœur ne menait nulle part. ‘J’vais me reposer ouais, éteint ton truc.’ Dit-il d’un ton très neutre en s’asseyant sur la chaise. Il avait besoin de calme, d’obscurité s’il voulait se reposer un peu. Il aurait voulu se coucher sur la table, et enfouir sa tête dans ses bras, mais le bas handicapé l’en empêche. Usant de son bras valide, il pose le coude sur la table, et pose sa tête dans sa paume, la soutenant fermement. Il clôt ses yeux pour tenter de trouver du calme.  Il n’y arrive pas vraiment. La douleur, la remise en question, et le renoncement ne cesse de le hanter. Il songe à croire que son père à raison, il ne sert à rien de perdre son temps avec des gens qui n’ont pas les mêmes projets que les tiens. Cela faisait des années que lui et Marianne n’allaient plus dans la même direction, c’était naïf de croire que de rester coincé ensemble les rapprocherait. Ce n’était qu’illusoire. ‘Non c’est pas compliqué, le mot que tu cherchais c’était ‘erreur’, et t’as raison.’ Dit-il alors dans le plus grand des calmes, dans la plus grande des neutralités. Il savait être froid, comme on le lui avait appris. Il n’agissait pas toujours en enfant colérique, s’emportant quand il le pouvait. Il savait faire preuve d’un calme froid, comme son père, il avait appris à ses côtés. Il dit cela sans lui adresser un regard. ‘Maintenant ne faisons plus l’erreur de croire qu’on avait quelque chose en commun en fait.’ Sous entendu, le silence est d'or à parti de maintenant. Il savait être con, il l’était con. Il était aussi blessé, et n’avait plus envie de se perdre dans l’illusion, dans les espoirs. Non, il fallait arrêter d’y croire à un moment, et tourner la page. Il ne sert à rien de se torturer avec ce qui n’était plus, ce qui avait été, et ce qui aurait pu être. Marianne était claire, c’était compliqué, il était un crétin, et c’était une erreur. Il ne s’y perdrait plus, à y croire.


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Basile Montrose
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๑ Parchemin envoyé Jeu 20 Déc - 2:06 ๑


une nuit au sénat
๑ basile montrose et marianne duchannes ๑
Et voilà. Elle a tout gâché. Tout est fini, foutu en l'air. Marianne, d'un geste, avait brisé quelque chose. Elle pouvait le sentir comme s'il s'agissait de son propre coeur qu'elle venait de piétiner et après tout ne venait-elle pas de le faire un peu aussi ? La gorge nouée, elle a le coeur lourd. Si lourd qu'il lui en est douloureux et chaque battement lui rappelle qu'elle était la fautive ce soir. Depuis le début. À peine a-t-elle le dos tourné qu'elle le regrette, ses mains ne trouvant rien de particulier à manipuler pour s'occuper l'esprit comme si même ses doigts avaient décidé de se rebeller. Elle sentait encore la chaleur de ceux de Basile contre les siens, une ombre, un rien beaucoup trop présent. Une piqûre de rappel perverse, et la pression contre son palpitant n'en est que plus grande alors. Bon sang. Elle se pince les lèvres, encore fébriles, à la fois pensive et terriblement attentive à ce qu'il se passe derrière elle. Là, dans l'espace qu'elle lui avait donné pour faire face à l'échec, au renoncement. Au pas en arrière monumental qu'elle venait de faire. Si bien que la sorcière se demandait presque si elle parviendrait à nouveau à le rejoindre là où elle l'avait laissé. Seul. Mais qu'avait-il cherché, aussi, en essayant de l'embrasser ? Trois ans et demi d'absence, deux ans de silence, et puis deux soirs. L'un chaotique et l'autre aussi avant que l'adversité ne les pousse à se faire face. Enfin. Mais ça ne suffisait pas. Non. Bien sûr que ça ne suffisait pas. Trois ans et demi, deux ans, deux soirs, ça ne valait pas le baiser qu'il avait cherché à lui prendre. Trop de temps s'était écoulé pour qu'elle croit encore à ça. À lui surtout, qui l'avait trahie, repoussée, moquée, malmenée, ignorée. Il ne pouvait pas revenir dans sa vie avec la nonchalance d'une fleur quand bien même l'une d'elles composait son nom. Il n'avait pas le droit de lui faire croire que rien n'avait changé, que tout ce qu'il s'était passé n'avait pas d'importance et pouvait être oublié le temps d'une étreinte. C'était trop facile, trop rapide avant tout. Marianne, si elle s'était reconstruite seule après, avait encore des failles qui ne faiblissaient pas. La bêtise de Basile l'avait modelée ainsi : méfiante, fuyante au moindre engagement, trop heurtée pour se laisser toute entière croire en la bonté de son genre. La confiance n'était plus là, et pour personne finalement. Il y avait un avant, puis un après. Les rumeurs et les rires, les murmures et les idées reçues, tout l'avait pressée à se construire autour le genre de mur derrière lequel il est simple de se cacher. Et persistait la peur d'être mise à nue à nouveau, parce que surprise alors qu'elle lui avait fait confiance, alors qu'elle lui aurait tout donné s'il l'avait voulu.

Basile avait cru pouvoir passer outre ce qui l'avait profondément changée, parce qu'elle lui avait enfin sourit ce soir. Parce qu'ils avaient partagé un rire, parce qu'il l'avait aidé, protégée. Parce qu'il s'était montré galant, poli. Agréable même. Charmant. Et ses derniers mots lui restent en tête, d'une sincérité qu'elle voulait tant croire mais dont elle n'arrivait pas à ne pas douter. Quand elle y était presque, c'était comme un réflexe qui réveillait des soupçons qui n'avaient peut-être pas lieu d'être. Basile n'était pas un mauvais garçon. Même Pimprenelle pouvait le voir. Le temps ne l'avait pas changé à ce point, Marianne s'interdisait d'y croire. Ne restait alors que l'envie pour expliquer son geste, ou l'affection. J’vais me reposer ouais, éteins ton truc. finit-il par dire, d'un ton neutre qui lui fend le coeur. Elle aurait presque préféré qu'il se mette en colère, qu'il montre que ça le blessait. Que ça lui faisait quelque chose au lieu de la traiter comme si ça ne comptait pas. Et ça comptait. Ça comptait. Sans un mot, elle part secouer sa potion plongeant la pièce dans une presque totale obscurité à nouveau. Marianne aurait pu s'offusquer, débattre que non, qu'elle avait besoin de lumière pour y voir quelque chose, pour trouver de quoi s'occuper : lire un parchemin peut-être ? Mais elle n'a pas le coeur à le contredire. Pas après ce qu'il vient de se passer. Elle se fait petite, on dirait. Et dans la pénombre elle disparaît presque sans savoir quoi faire. Devait-elle partir ? Le laisser seul ici ? À quoi bon rester s'il avait visiblement décidé de dormir ? Marianne hésite, le moral bas, les mains qui tremblent et la fatigue qui cogne dur contre ses paupières. Mais elle sait qu'elle ne parviendra pas à dormir et se connait : la sorcière avait trop de choses sur ses épaules dans l'instant T pour ne serait-ce que s'imaginer s'assoupir. À la place, elle reste debout près de la table à quelques pas de Basile qui s'est tiré une chaise et s'y est installé. Il l'ignore. Comme avant. Et c'est pire maintenant qu'elle a regoûté à sa présence. C'était violent. Venait-elle se se condamner à nouveau au silence du sorcier ? Non c’est pas compliqué, le mot que tu cherchais c’était ‘erreur’, et t’as raison. Toujours la même voix sans saveur, sans aucun tumulte d'âme. Dans le noir, ses mâchoires se serrent. Il n'a pas tord quelque part mais il n'a pas non plus raison. C'était compliqué. Toute cette histoire l'était, la preuve en était qu'au moindre faux pas, qu'à la moindre erreur tout s'effondrait. Que le vent soufflait, balayait ce qu'ils avaient construit le temps d'une soirée parce qu'il s'était mépris. Alors oui, Basile avait commis l'erreur de croire que tout était simple. Mais non, elle ne s'était pas trompé de mot. Parce qu'au fond, la sorcière ne parvenait pas à mettre sur ce geste l'étiquette de l'échec, que dans chaque erreur il y avait une leçon. Et que ce soir, c'était celle de la patience que Basile apprenait et des affres de l'impatience. Il était allé trop vite, avait sauté sur une occasion qui n'en était pas une et lui tout comme Marianne en payaient le pris à présent. Maintenant ne faisons plus l’erreur de croire qu’on avait quelque chose en commun en fait. Et s'il pouvait la voir, peut-être qu'il regretterait ses mots. Le coeur déjà serré d'avoir tout gâché, Basile frappe là où cela fait le plus de mal. Ça n'a rien d'étonnant, il savait ce qu'il faisait et continuait quand même d'être le crétin pour lequel sa soeur l'avait pris. Marianne en a le souffle coupé, désemparée, les lèvres qui s'étirent et se pincent. Ses grands yeux qui se fanent. Comment pouvait-il oser dire ça : la brune avait du mal à le croire. C'était un autre Basile qu'elle avait en face d'elle maintenant, et celui qui l'avait presque eue un peu plus tôt avait disparu. Bien sûr, ça n'était pas totalement vrai. Il était encore là quelque part, restait à savoir où et comment l'atteindre. Mais pour le moment la sorcière reste interdite, réduite au silence par ses mots acerbes qui la touchent bien plus qu'elle ne l'aurait pensé quand cette nuit avait débuté. La faute au moment paisible ou presque qu'ils avaient partagé, à ces quelques heures où il avait fallu avancer ensemble et rester proches. La faute à lui, aussi, et ses sourires et ses regards. La faute à ses belles paroles qu'elle croyait presque, auxquelles elle pensait encore. La faute à ses attentions sans importance mais qui comptaient beaucoup. La faute à la distance qu'ils avaient parcouru, pour une fois dans le même sens et vers quelque chose de bien. De bon. De positif. L'ascension avait mis du temps à commencer, n'avait pas bougé d'un pouce en deux ans mais ils avaient gravis beaucoup en peu de temps. Soudainement. Tout aussi soudainement qu'ils avaient fini par chuter, glisser, tout ça parce qu'elle s'était écartée et qu'il avait sauté trop tôt. Comme quoi.

Les bras ballants, elle ne sait pas quoi dire. Ou du moins, n'ose pas mettre des mots sur le tourbillon qui s'agite au fond d'elle. Entre frustration, appréhension et peur. Elle n'était pas (plus) du genre à se confier n'importe quand et n'importe où. Le temps l'avait rendue plus secrète, plus indépendante aussi et pas toujours de la bonne manière. Mais cette fois les mots se font pressant. C'est qu'elle a assez fui devant Basile, qu'elle s'est assez cachée derrière un mur, derrière une porte qui claque et un dossier qui fuse. Et la perspective d'une nouvelle ère de silence l'angoisse et la meurtri déjà : tout mais pas ça. Elle avait déjà assez supporté son absence alors qu'il était pourtant bien là. Elle avait affronté son père, puis lui. Et ce soir, elle avait fait ce que peu de sorciers pouvaient se vanter d'avoir fait dans une vie, elle avait eu les bons gestes malgré la terreur et l'avait même protégé quand l'armure était entrée. Alors il pouvait lui demander de s'éloigner, oui. Il pouvait lui suggérer de passer le reste de la nuit quelques allées plus bas. Mais il ne pouvait pas lui dire que rien n'avait eu d'importance, ni maintenant ni par le passé. Il ne pouvait pas la condamner au silence pour avoir refusé de l'embrasser. Non. finit-elle par dire tout simplement entre des mâchoires serrées par la peine qu'elle tente de dompter. Elle ferait l'erreur encore, et encore s'il le fallait. Tant pis. Qu'elle vive dans l'échec plutôt que dans l'ignorance. J’ai déjà passé deux ans en face de toi sans t’adresser la parole et c’est déjà beaucoup trop. Marianne essaie de rester calme, parce que les armures tendent l'oreille et qu'au moindre bruit suspect l'une d'elle pourrait entrer effectuer un tour de garde comme lorsqu'il avait crié. À cause d'elle. Mais il fallait la comprendre : cette fois, elle ne le laisserait pas gagner. Il n'aurait pas le dernier mot, celui qui la fait fuir au lieu de se battre pour ce qu'elle croyait, ou ressentait. Elle l'avait trop fait par le passé. Tu peux pas dire ça, t'as juste... pas le droit. Tu peux pas faire comme si rien ne compte. Elle ne sait même pas si il la regarde, ou s'il tourne la tête. Tout ce qu'elle voit c'est sa silhouette avachie sur sa chaise et quelque part tant mieux. Elle n'aurait pas le courage d'affronter son regard et de se confier. Ce serait trop lui en demander d'un coup : et c'était déjà beaucoup que de s'ouvrir un peu, alors qu'elle s'était habituée à en partager le moins pour ne plus souffrir autant qu'avant. Elle avait appris sa leçon, sans pour autant la comprendre. Parce que ça compte. Pour moi. D'accord ? C'est dit, c'est pas grand chose et ça tient en deux mots mais c'est tellement beaucoup pour Marianne sur le coup. Se mettre à nue, c'était pas facile. Encore moins quand l'autre n'écoute peut-être même pas. L'obscurité y joue sans doute quelque chose, lui offrait l'intimité suffisante pour cacher son regard qui la trahissait toujours et ses traits qui se tirent et se meuvent en des grimaces douloureuses. Elle se contient la sorcière, pour garder la tête haute et la voix confiante alors que rien chez elle n'était prêt pour ce soir. Pour cette situation en particulier. Oui, c'est compliqué. Tout est compliqué. Je... sais pas. Je sais rien, et j'fais des erreurs. Aussi. Je suis perdue et ça me fatigue. Tout ce que je sais c’est que t'es pas personne Basile. Elle va plus loin et contrôle à peine les mots qui filent d'entre ses lèvres. Y'a son coeur qui parle à sa place et sa raison qui lui hurle d'arrêter et de partir. Elle lui dit qu'elle se montre en spectacle, et que c'est ridicule. Et que c'est une cause perdue. Mais le coeur y croit lui. Alors Marianne continue malgré tout. Je suis désolée pour l'autre soir, et je suis désolée pour maintenant. finit-elle par soupirer, las, fatiguée par cette soirée et le flot de mots qu'elle venait de murmurer. Ils ne lui appartenaient plus maintenant, étaient à Basile. Le plus dur à dire reste à venir, alors elle inspire pour se donner le courage nécessaire.   Me tourne pas le dos encore une fois. Là. Voilà. Et sa gorge se serre, se noue même. Elle en avait trop dit peut-être, mais au moins le poids des mots n'étaient plus sur ses épaules à elle.

30 novembre 1927
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Marianne Duchannes
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La nuit au Sénat.  

#basiliane

Parfois, s’accrocher est plus douloureux que de lâcher prise. Basile avait besoin de lâcher prise, il s’accrochait trop à ce qu’il avait perdu, nostalgique. Marianne appartenait à une ancienne période de sa vie, cette histoire remontait à avant. Avant que la vie de Basile ne prenne un tournant plus tragique. Avant qu’il ne perde la meilleure partie de lui-même. Avant qu’il se retrouve abandonné par celle avec qui il s’était juré d’aller au bout du bout. Avant de n’être rien d’autre qu’une profonde déception pour son frère. Avant qu’il ne comprenne que la vie n’était qu’éphémère et fragile. Avant que sa vision ne change. Avant. C’était avant qu’il avait rencontré Marianne, et qu’il avait commis la plus élémentaire des erreurs. Et ce soir, croire qu’il y avait un retour en arrière possible, c’était commettre une erreur de plus.Sauf que Basile était las de commettre des erreurs, de n’être associé qu’à ses faux pas, de n’être haut dans l’estime de personne si ce n’était celle de ses sœurs. Il aspirait à plus, à mieux. Le père qu’il l’avait étouffé le jeune homme ambitieux qu’il était dans sa jeunesse. Il ne voulait plus suffoquer, il ne voulait plus dépendre du jugement d’autrui. Il en avait marre d’être toujours ‘en attente de.’ Stop. Raccroche Basile.

Il faut savoir dire stop au moment le plus opportun. Basile avait atteint ce qu’il appelait le point de non-retour. La blessure de son égo était  profonde. Ce n’était qu’un refus, un échec de plus qui s’ajoutait à la longue liste des erreurs qu’il avait commises.  Le Rubicon de franchi, il n’y avait plus aucun retour en arrière possible. Ils avaient joué leurs cartes depuis trop longtemps, la partie était terminée. Il ne servait à rien de tergiverser, maintenant tout était limpide dans la tête de Basile, il avait manqué sa chance il y avait des années de cela. Autant mettre un pansement sur une jambe de bois, aurait-il ironiquement dit en qualifiant les tentatives vaines qu’ils mettaient en œuvre pour se parler de nouveau. 'Non. ' Oh, Mademoiselle Duchannes n’était pas d’accord ? Eh bien, Basile s’en fichait. Il voulait lâcher prise. Il pouvait être ce type adorable, et devenir ce monstre de froideur en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Quidditch. L’égo blessé ne cessait de lui répète que le passé était derrière lui, et qu’il ne fallait en rien chercher à le faire renaitre. Le jeu n’en valait pas la chandelle. 'J’ai déjà passé deux ans en face de toi sans t’adresser la parole et c’est déjà beaucoup trop.' Mais, ils n’avaient rien à se dire non ? Ils étaient simplement capable de se hurler dessus.  Trop ? Peut être. Mais il était maintenant trop tard pour tenter de faire machine arrière, le mal était fait, et les non-dits n’avaient pas été percé à jour à temps. Les horreurs de l’autre soir avaient leur fond de vérité, Basile n’oublierait pas ce qui avait été dit, et il croyait de plus en plus à ce qu’il avait dit. Ne sois pas faible Basile. Ce père ne cessera donc jamais de le hanter. 'Tu peux pas dire ça, t'as juste... pas le droit. Tu peux pas faire comme si rien ne compte.' Basile ne regarde même pas vers elle, il fixe un point dans le vide au loin. Mais au contraire, c’était facile de prétendre que rien ne comptait. Ca rendait les choses bien plus faciles. 'Parce que ça compte. Pour moi. D'accord ?' C’était un peu tard non ?

Pour lui, c’était tard. Un sursaut qui ne corrélait pas avec son comportement ; si c’était important, si ça comptait, elle n’aurait pas agi de la sorte. Il est las de chercher à décoder le comportement des femmes, peut être devrait-il simplement laisser sa famille lui trouver une épouse, dont il ne chercherait jamais à comprendre l’état d’esprit. C’était l’impression qu’il avait vis-à-vis de ses parents, mariés, mais incapable de se connaitre l’un l’autre. 'Oui, c'est compliqué. Tout est compliqué. Je... sais pas. Je sais rien, et j'fais des erreurs. Aussi. Je suis perdue et ça me fatigue. Tout ce que je sais c’est que t'es pas personne Basile. ' Il entend Basile, mais n’écoute pas. Il n’est plus réceptif à la moindre parole de la jeune femme, fermé comme une huitre.  Il est susceptible, arrogant, alors oui, il n’est plus disposé à lui parler. La tête appuyé dans sa main, il clôt ses yeux pour tenter de trouver du calme, du repos. Elle ne le voit pas, mais il s’en fiche de ce qu’elle peut dire. Il s’en fiche. Il fallait lâcher prise. Il fallait lâcher. 'Je suis désolée pour l'autre soir, et je suis désolée pour maintenant.' Les mots sont lointains. Mais à ceux-ci Basile ne peut s’empêcher de lâcher un petit rire, à la fois nerveux et moqueur. Elle était sincère en disant cela ? Une partie de lui en doute terriblement. 'Me tourne pas le dos encore une fois.' Il entend, mais écoute aussi surement plus qu’il ne le devrait. Il sent comme la voix de Marianne se serrer en disant ces mots. Basile était champion en matière de fuite, il ne cessait de tourner le dos, parce que c’était plus facile ainsi.  Il lui tournait le dos une fois de plus, une fois encore, et ce qui pour lui devait être la dernière fois.

Il essaye de calmer son rire nerveux. Il y arrive, rapidement, ne voulant pas se faire remarquer par les statues, car s’ils venaient à les attirer dans les archives, nul doute qu’elles feraient une recherche plus approfondie. Il n’avait aucunement envie de se retrouver nez à nez avec elles. Il relève la tête, pour la fixe dans cette obscurité. Il ne distingue que sa silhouette, et il est dans un sens content de ne pas croiser son regard. Comme s’il savait que ça pourrait le faire faillir. Il n’avait plus le droit de fléchir. Il ne fallait pas retomber dans les vieux travers Basile. Un part de lui savait qu’elle valait la peine de se battre, mais une part de lui refusait de se battre contre un mur d’incertitude. Car elle ne savait pas ce qu’elle voulait, c’était ce qu’elle venait de dire. ‘Bien sûr c’est toujours ma faute.’ Dit-il, laissant encore échapper un petit rire. Il songe soudainement à sa sœur qui le qualifierait de crétin, mais c’était ce qu’il était. Il lui avait tourné le dos l’autre soir, il lui tournait le dos ce soir. Lui avait-il tourné le dos quand il avait perdu sa sœur ? Peut-être, mais elle n’avait pas su trouver les mots. Personne n’avait été en mesure de trouver les mots pour l’empêcher de sombrer ; rien ni personne n’avaient empêché sa descente aux enfers.  ‘J’en ai marre Marianne, accuse moi de tous les torts, ça me passe au-dessus.’ Dit-il simplement, comme s’il comprenait maintenant l’intérêt de lâcher prise. Il savait que sa sœur lui dirait d’arrêter de se faire du mal, peut être le pousserait-elle aux pieds de Marianne, mais Basile préféra croire qu’elle le pousserait à penser à lui, à le pousser à cesser de se torturer à propos de la sorcière.  ‘J’ai le droit de dire ce que je veux, si j’ai envie de dire que ça ne sert à rien de se battre pour une cause perdue, je le fais.’ Lâche-t-il.  La cause perdue, c’était lui sans l’ombre d’un doute. Ou elle. Il ne savait pas très bien. Mais, eux, c’était une cause perdue. Ils avaient manqué le coche. ‘Arrêtons de croire que ce qui est brisé pourrait être réparé. Et lâche prise, Basile.Alors, arrête.’ Il lui parlait à elle, à lui. Les mots étaient comme un soupire, comme un ordre qu’il se donnait à lui-même. Il y avait cette part de lui qui voulait y croire – encore un soir.



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Basile Montrose
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une nuit au sénat
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Marianne attend. Fébrile. Elle patiente, la nervosité si profondément accrochée à elle que ses doigts qui s'agitent autour de sa bague lui font presque mal. L'or qui tourne autour de sa phalange encore et encore, et la pierre précieuse qui vient lui frotter la peau à l'en faire regretter. C'est que la sorcière a peur. Les bras ballants, penaude, elle compte les secondes et l'éternité qui coule entre chacune d'elles. Marianne, elle avait gravi son mur à la force de ses bras, elle avait baissé ce qui normalement la protégeait. Elle s'était mise à nue, et même si ça n'était pas beaucoup, s'il y avait encore à faire, ça lui avait paru insurmontable. Et pourtant elle l'avait fait. Tout ça dans l'espoir de faire avancer quelque chose qu'elle ne comprenait pas elle-même mais qui lui tenait à coeur. C'était Basile, et c'était elle. C'était trop extrême pour que ça ne soit rien, trop chaotique pour que ça ne prenne pas racine là dans sa poitrine. Elle a l'impression d'être sur le point de tomber, de se balancer sur le bord d'un ravin, de jouer trop près du vide : à tout moment, elle pouvait chuter. Et ce qui la ferait basculer d'un côté ou d'un autre ce serait la suite. C'est finalement son rire qui achève de la faire tomber, qui la jette dans la gorge des abîmes. Il rit, pire même il se moque. Et Marianne se sent faiblir, le coeur trop serré pour battre encore. Tout ça pour ça. Pour récolter un ricanement mauvais face à ses confidences. Quelle idiote elle avait été de croire un instant que ce serait une bone idée, que ce serait la solution. Que ça arracherait à Basile un brin de réalisation et qu'il lui pardonnerait comme elle serait prête à le faire s'il le lui demandait. Non. Rectification : comme elle l'aurait été s'il n'avait pas décidé de se foutre d'elle avec la violence glaciale dont il pouvait faire preuve. La voyante se pince les lèvres et se maudit, elle et son don qui ne lui sert à rien. À quoi bon être dotée de la double vue si ça n'était pour voir son propre destin ? Elle aurait du le voir venir. Mais il n'en était rien. Basile se foutait d'elle, chaque éclat venant la frapper un peu plus fort dans l'ego et dans l'âme. Comment pouvait-il lui faire ça.

Bien sûr c’est toujours ma faute. avait-il seulement entendu un mot de ce qu'elle avait eu le courage de lui dire ? Marianne en doute. Elle ne l'avait pas accablé, s'était excusée même et entre deux phrases avait voulu lui faire comprendre qu'elle tenait à lui. Malgré tout, malgré les horreurs qu'il avait dit, celles de Beauxbâtons et celles du Sénat, malgré son silence et ses regards froids. Mais lui n'avait rien compris, ou alors tout de travers. Peut-être même n'avait-il rien voulu savoir, peut-être ne l'avait-il même pas écouté, n'entendant que des échos d'une voix qu'il préférait tue. Le visage de la sorcière se décompose et sa peau d'ordinaire presque hâlée pâlie soudainement, mais bien sûr la pénombre empêche Basile de voir le poids de ses mots et les conséquences de ces derniers. Il s'y cache, lui aussi. Et Marianne s'étonne d'aimer à présent l'obscurité qu'elle avait pourtant blâmée en début de soirée, parce qu'elle s'y dissimule aussi. La voyante se laisse gober par cette dernière, bien heureuse de pouvoir s'y perdre elle et ses grands yeux brillants. J’en ai marre Marianne, accuse moi de tous les torts, ça me passe au-dessus. Mais non. Il ne comprenait rien. Et ça lui monte à la gorge de vouloir lui dire de se taire. Tais-toi, écoute ! qu'elle voudrait lui crier. Mais Basile n'écoute plus, si Marianne a franchi son propre mur pour vider un peu son sac, ce n'est que pour faire face à un autre plus grand et plus douloureux. Elle bouillonne, le souffle court tant elle est tendue. Tant elle a mal d'entendre ses mots qui dans le noir ont plus de voix. Il n'y a que ça à voir, à entendre, à ressentir. Dans la lumière elle aurait pu se distraire, trouver un objet à manipuler, un tableau à observer, quelque chose à faire. Mais là, il n'y a que la voix de Basile à laquelle s'accrocher, sa silhouette assise à peine visible. Alors ses mots déjà durs s'abattent sur elle avec une violence qui la ferait presque fléchir. J’ai le droit de dire ce que je veux, si j’ai envie de dire que ça ne sert à rien de se battre pour une cause perdue, je le fais. Une cause perdue. Voilà, il l'avait dit et c'était clair à présent. Ils étaient une cause perdue, quelque chose qui ne méritait ni attention, ni persévérance. Rien. Ils ne méritaient rien. Elle ne méritait rien. Et le message était translucide, reçu, incompris. Blessant. Plus qu'un dégage et plus que des mensonges immatures. Marianne ne méritait ni son temps, ni sa présence, ni son intérêt. Basile avait le droit de le penser et de le dire et elle, elle avait le devoir de l'assimiler et de s'en faire une seconde peau. Elle passait d'objet de désir à fantôme du passé. Quoique même un fantôme avait le don d'hanter le présent : il lui enlevait le droit de le faire, parce qu'il n'y avait plus rien à hanter. C'était perdu d'avance. Peut-elle seulement plus serrer les mâchoires ? Les poings ? Ses ongles enfoncés dans la paume de sa main n'ont pas l'effet escompté, elle avait pensé pouvoir avoir moins mal au coeur de cette manière mais c'est à peine si elle sent sa peau se pincer. Tout ce qu'elle parvenait à éprouver, c'était un grand sentiment de vide, comme si elle se perdait en dedans, comme si elle chutait mais cette fois sur elle-même. Supernova qui s'effondre. Néant qui s'installe. Arrêtons de croire que ce qui est brisé pourrait être réparé. Parce qu'il avait pensé pouvoir réparer quelque chose ? C'était pour ça qu'il s'était montré si aimable ce soir, qu'il avait voulu l'embrasser ? Pour s'absoudre de ses erreurs, recommencer là où ils s'étaient arrêtés, combler les failles ? Marianne n'y croit pas (ou plus, elle avait bien voulu elle aussi empêcher ce désastre après tout). Pas quand il réagit comme ça après avoir été tout son contraire, le Montrose qui lui piétine dans un sourire ce qui lui reste de palpitant ne peut tout bonnement pas avoir espéré quoique ce soit de ce genre. Ça n'avait rien de logique, c'était impensable et ce serait donner un coeur à celui qui mettait un point d'honneur à faire comme si ça n'était pas le cas. Alors, arrête. Le mot de la fin, l'ordre final. Ça tombe comme un orage et ça finit de balayer le moindre espoir qu'elle avait pu avoir un peu plus tôt. Ça finit de gâcher les moments paisibles qu'ils avaient vécu ce soir, de leur donner la teinte écoeurante de fausseté. Et ça finit d'achever Marianne aussi. Voilà. C'est fait. À force de remuer le couteau dans la plaie Basile avait terminé par détruire la petite lueur qui avait continué à brûler malgré les années. Y'avait plus rien maintenant, juste de l'ombre.

Soit.

Y'a que le silence qui lui répond, plus éloquent qu'elle ne pourrait jamais l'être. Marianne aurait pu disparaître que cela aurait eu le même effet, et c'est ce que la sorcière s'efforce de faire. Le coeur en miettes. Les pieds nus, elle se retourne et s'éloigne sans un bruit tandis que l'obscurité avale sa présence toute entière. C'était ce qu'il voulait, qu'elle lui foute la paix. Qu'ils arrêtent. Qu'elle parte. Alors soit. C'est ce qu'elle ferait, car de toute façon elle n'avait pas d'autre choix. Marianne s'éloigne et ne prend même pas la peine de réunir ses affaires : elle part juste. Parce qu'elle n'a plus le coeur à répondre, que de toute façon ils sont une cause perdue alors à quoi bon parler. Ce serait marcher sur les cendres de ce qui n'avait jamais compté pour lui et qui avait trop compté pour elle sinon pourquoi se serait-elle accrochée avec tant de ferveur au fantôme de ce qu'ils avaient été ? Ça la blessait, trop pour qu'elle puisse supporter passer le reste de la nuit à côté de lui alors elle avance dans les allées le pas silencieux et ne s'arrête que lorsqu'elle atteint la dernière étagère. Là, elle se laisse tomber sur une chaise qu'elle soulève délicatement. Même assise un vertige la prend.

Soit.

Ils n'avaient plus rien à se dire. Plus rien en commun. Et Marianne devait s'en faire une idée : c'était définitivement terminé. Et pas comme l'autre soir, où elle avait pu en parler à Pimprenelle et Olympe parce que ça n'avait pas été aussi violent et intime. L'autre soir, c'était une dispute plus immature que sérieuse, c'était un échange d'ego, une lutte de fierté. Ce soir, c'était bien pire parce que c'était final. Ce soir, y'avait plus rien à espérer. Et sans doute n'en parlerait-elle à personne alors, trop heurtée pour avoir le courage de mettre des mots sans pleurer sur ce qui lui manquait : parce qu'elle en avait perdu des choses aujourd'hui. C'était peut-être la première fois que la sorcière partait sans un dernier mot, habituée aux sorties éclatantes elle aimait le pouvoir que lui conférait avoir eu le mot de la fin. Pas cette fois pourtant, parce qu'il n'y avait rien à en tirer demain ni le jour d'après. Alors elle avait simplement baissé les bras. Tant pis. Seule sur sa chaise, les bras croisés sous sa poitrine, Marianne ferme les yeux qu'elle sent brûler de trop retenir de larmes. Une cause perdue. C'était le bon mot.

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Marianne Duchannes
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La nuit au Sénat. #BASILIANNE
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